7
Une douleur lancinante ramena Bak à lui. Il resta immobile, répugnant à bouger. Le temps s’écoula, combien, il ne le savait pas. Il ouvrit les yeux. Du moins le crut-il. Mais il ne voyait rien. Que s’était-il passé ? Où était-il ? Il tenta de se lever, mais la douleur lui vrilla le crâne, intense, déchirante, au-dessus de l’oreille droite.
Il n’eut d’autre choix que de rester couché, d’attendre que la souffrance s’atténue, se réduise à un battement aigu. Il sentait qu’il gisait sur… Sur quoi ? Il essaya de réfléchir, de se souvenir. Amonked souhaitait lui parler. Un gamin l’avait conduit à un entrepôt près du fleuve. Il se revit dehors, regardant le garçon s’enfuir, et puis… Oui, il avait entendu un mouvement derrière lui. Après… Plus rien.
Il ne voyait pas d’étoiles au-dessus de sa tête, pas plus qu’il n’entendait les craquements et les gémissements des navires amarrés au bord du fleuve. Il ne sentait pas la brise. L’air chaud et lourd était saturé d’une odeur de grain et d’autre chose qu’il ne pouvait tout à fait identifier. Des relents de nourriture. Il se trouvait dans un édifice. Ses assaillants avaient dû le transporter dans un grenier. Probablement celui où Amonked lui avait donné rendez-vous.
Non. Pas Amonked. Quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui souhaitait sa mort ? Ou l’écarter de son chemin quelque temps ?
Il glissa un pied en arrière, remontant le genou, et s’accouda afin de se soulever. Il fut alors stupéfait : on ne l’avait pas ligoté ! Offrant une sincère prière de gratitude à Amon, il tâta la couche dure sur laquelle il se trouvait. Il sentit du tissu, de la grosse toile à sacs, et une couche de poudre. Passant le doigt sur sa langue, il perçut un goût de cendres, utilisées pour protéger le grain contre les vers et les insectes.
Les sacs regorgeaient de céréales. Quelques grains s’étaient échappés et se mêlaient aux cendres. Comme il l’avait deviné, il était dans un grenier ; sans doute celui-là même dont il s’était approché sans méfiance, croyant rejoindre Amonked. Un groupe de bâtiments près du fleuve, entouré de ruelles désertes la nuit. Dans le cas improbable où ses appels à l’aide parviendraient à percer les épais murs de brique crue, il n’y aurait personne dehors pour l’entendre.
Pourquoi sentait-il une odeur de cuisine ? Il fronça les sourcils, tenta de réfléchir. Non, pas de cuisine, mais de quoi au juste ? Une odeur de brûlé. Une idée, une soudaine certitude le pétrifièrent. Le grain était en feu.
Il s’assit brusquement. Le monde tournoya autour de lui, sa tête allait éclater. Ravalant un goût de bile, il tâta avec prudence l’endroit douloureux. Une bosse sous ses cheveux palpita sous ses doigts et il sentit un peu d’humidité. Du sang.
« Pas de quoi s’affoler », se raisonna-t-il.
Prenant garde à ne pas réveiller le génie maléfique sous son crâne, il regarda autour de lui. Il ne vit pas d’enfer de flammes. Le feu couvait donc dans un ou deux sacs. Ceux-ci étaient trop serrés pour que l’air alimente la flamme. Peut-être le cœur du grain vivait-il encore, un peu vert et gorgé de sève. Combien de temps restait-il, avant que le feu ne prenne ? Bak ne pouvait le deviner.
Il savait une chose à coup sûr : il devait sortir. Il avait entendu parler des feux de céréales, de la poussière en suspension dans l’air qui s’enflammait soudain. Même si ce n’était pas vrai, l’atmosphère se remplirait d’une fumée suffocante, aussi mortelle qu’un incendie.
Cet entrepôt, comme la plupart des autres, devait avoir une seule porte et aucune fenêtre. Il pouvait comporter un système d’aération, mais l’intérieur était plus noir que la nuit – impossible de déceler la moindre ouverture. Donc, soit Bak creusait un trou dans le mur de brique crue, soit il trouvait la porte. Il lui fallait un outil… Sans trop d’espoir, il porta la main à la gaine de cuir passée à sa ceinture et y sentit la dague. Son agresseur avait été négligent. Il éclata de rire, puis fut pris d’une toux qui éclata dans son crâne.
Il revit Nebamon creuser dans la brique crue de l’entrepôt, dans l’enceinte sacrée. L’arche du toit mesurait bien quatre empans d’épaisseur. Les murs qui la soutenaient étaient peut-être plus larges. Il faudrait à Bak un trou d’une coudée de diamètre afin de sortir. L’odeur de brûlé devenait plus forte. Parviendrait-il à s’extraire à temps ?
Mieux valait tenter sa chance du côté de la porte. Le bois était-il dur ? Quelle en était l’épaisseur ? Deux doigts ? Trois ? Peu importait. Il n’avait plus un instant à perdre.
Il n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait cette porte. Toutefois, les sacs sous ses pieds semblaient plus bas que ceux sur lesquels il était assis, ce qui signifiait qu’on en avait enlevé. Un portefaix n’aurait jamais été les chercher plus loin que nécessaire : il aurait saisi les plus proches de l’entrée. De plus, si, comme on pouvait le supposer, l’agresseur de Bak avait voulu partir au plus vite, il n’avait pas pris la peine de le traîner loin à l’intérieur.
Satisfait par ce raisonnement, Bak se leva comme un vieillard malade, tenant sa tête droite et raide. Il ôta une sandale et, de la plante du pied, explora le renflement des sacs, la légère dépression à l’endroit où ils se touchaient. Il ne lui manquait plus que de tomber, ou de trébucher dans un feu naissant.
Un deuxième pas, prudent. Un troisième et un quatrième. Soudain, il se cogna le front ; la douleur emplit son crâne. Il se figea, le temps que le martèlement se réduise à une palpitation éprouvante, mais supportable. Il tendit les mains dans les ténèbres devant lui, comprit qu’il avait heurté la courbe de la voûte. Alors il continua d’avancer en se baissant, jusqu’à ce qu’il atteigne le mur. Un mur latéral, pas celui où se trouvait la porte.
À nouveau, il se laissa guider par la dénivellation. Sur sa droite, la pile de sacs était plus basse ; il se tourna donc dans cette direction. Il se retrouva sur une pente un peu instable où il faillit trébucher, puis, tout à coup, il sentit sous ses pieds le sol en terre battue. Il longea la paroi sur une demi-douzaine de pas, rencontra le mur perpendiculaire. Bientôt, si ses suppositions étaient justes, il trouverait la seule issue.
Il tâcha de retenir son souffle. Des picotements chatouillaient le fond de sa gorge. L’odeur de fumée était plus nette ; le temps pressait.
Enfin, à tâtons, il découvrit la porte. Même s’il se doutait que c’était en vain, il y assena un bon coup d’épaule. Cette fois, son agresseur avait pris ses précautions. La porte était barrée. Bak dégaina sa dague et, refusant de penser, se mit à l’œuvre. Il s’attaqua à une fissure entre les planches, un peu au-dessus de la hauteur de sa taille, à l’endroit où devait se trouver la barre. Sa dague était acérée, le métal bien trempé. Le bois de l’huis se révéla plus tendre que prévu, mais les nœuds résistaient, durs comme le granit.
De toutes ses forces, le lieutenant entama le bois le long des planches adjacentes, puis agrandit l’orifice. Il ruisselait de sueur, la soif le tourmentait. Ses bras et ses poignets lui semblaient de plomb. La fumée, de plus en plus épaisse, le faisait souvent tousser. La douleur de sa blessure lui paraissait moins intense, soit qu’il fût trop occupé pour y prêter attention, soit qu’il s’y habituât.
Il s’arrêta pour essuyer son visage trempé. Une nouvelle quinte de toux lui rappela qu’il devait faire vite. Avant que le grenier ne s’emplisse de fumée. Avant que l’incendie n’éclate.
Avec une sombre détermination, il creusa encore, enfonça très fort sa lame et perça l’ultime et fragile couche de bois qui le séparait du monde extérieur. Il s’agenouilla, essaya de voir à travers le trou. Celui-ci était trop petit et la nuit trop sombre. Il eut un sourire froid et amer. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à élargir l’ouverture de manière à atteindre la barre et à la soulever. Une tâche interminable. Ou alors, à appeler à l’aide, au cas improbable où quelqu’un passerait par là.
Il écarta ces pensées décourageantes et reprit sa besogne. Ses yeux larmoyaient ; il devait souvent s’interrompre pour les essuyer. Soudain, une quinte de toux plus violente que les autres l’assaillit. De l’air ! Il lui fallait du bon air frais. Comme celui qui filtrait de dehors, caressant sa main alors qu’il travaillait.
Comment n’y avait-il pas pensé ? C’était pourtant évident ! Il s’accroupit devant l’ouverture, qui avait à peu près la taille d’un œuf d’oie, et respira à pleins poumons cet air si doux, le front contre la porte. Quand il se remit au travail, il se sentait mieux – et beaucoup plus optimiste.
Ce sentiment fut de courte durée. Il heurta un petit nœud si dur que la pointe de sa lame s’ébrécha. Rageant de chaque seconde perdue, il évida les contours puis, à l’aide du manche de sa dague, fit sauter le morceau de bois récalcitrant. Enfin, il pouvait passer la main à l’extérieur. Sa fureur se mua en jubilation.
Il enfonça les doigts dans l’ouverture, tâtonna à la recherche de la barre qui bloquait la porte, la sentit en haut et la repoussa du bout des doigts. Elle tomba avec un bruit mat.
Étreint par un soulagement indescriptible, Bak sortit en titubant. Il tomba à genoux et respira avec délice. Murmurant une prière de gratitude hâtive, mais fervente, il se releva tant bien que mal et courut en chancelant vers le port, où il pourrait trouver du secours. Le grenier du dieu devait être sauvé.
— Par bonheur, le feu n’a pas pris, dit Bak, en avalant une bouchée du ragoût dont ils s’étaient régalés la veille. Le groupe d’entrepôts aurait brûlé et l’on aurait perdu assez de grain pour nourrir une petite ville entière.
Il était assis avec Pachenouro et Psouro dans la cour du cantonnement medjai, épuisé par sa mésaventure et le manque de sommeil. La bosse sur son crâne n’avait pas diminué, mais ne le faisait souffrir que lorsqu’il y touchait. Des ronflements résonnaient à l’intérieur du bâtiment, où nombre de ses hommes s’étaient effondrés sur leur natte après une longue nuit de réjouissances. Un pigeon buvait dans l’écuelle d’eau du chien.
Pachenouro pécha un bout d’agneau à l’aide d’un morceau de pain.
— En vérité, les dieux t’ont souri, chef, en plaçant cette barge et son équipage à proximité.
— Oui, tout le monde était à bord ! Ils auraient fort bien pu passer la nuit à terre pour la fête, comme nos hommes. Le capitaine a envoyé un matelot chercher du renfort, et le feu qui couvait a été maîtrisé en moins d’une heure.
Psouro fit tourner la bière dans sa cruche, le front plissé d’inquiétude.
— Qui a essayé de te tuer, chef ? Le meurtrier d’Ouserhet ?
— On a recouru au feu dans les deux cas, pourtant, si ces forfaits sont l’œuvre d’un seul homme, pourquoi ne m’a-t-il pas égorgé, comme l’inspecteur ? Il en avait la possibilité.
— Il était certain que tu périrais dans les flammes, remarqua Pachenouro.
— Il faut l’empêcher de nuire au plus tôt. Provoquer un incendie en un tel lieu était une abomination, témoignant d’un total mépris envers la vie des autres, humains et animaux. Tout près, il y avait des habitations, des entrepôts, des navires amarrés sur le front de l’eau. Amon seul sait combien de gens auraient péri si le feu s’était propagé !
— Tu es sûr que tu vas bien, lieutenant ?
Hori, installé sur le toit à l’ombre de l’auvent, lança à Bak un regard soucieux par-dessus le grand panier rond contenant des papyrus roulés. Bak le rassura d’un geste désinvolte.
— J’ai la gorge irritée, encore mal à la tête, et cette odeur de fumée ne quitte pas mes narines. Cela mis à part, je me porte comme un charme.
Il s’assit sur le tabouret. Dans le panier, la plupart des rouleaux étaient intacts, et quelques-uns roussis. Par terre, juste à côté, cinq ou six, ouverts, étaient superposés et maintenus à plat par des cailloux : leurs bords étaient noirs et irréguliers ; les lignes s’interrompaient aux extrémités brûlées.
— Dis-moi ce que tu as appris jusqu’à maintenant.
— Il est encore tôt pour affirmer quoi que ce soit.
— Quelqu’un cherche à me tuer. Je tiens à savoir qui aussi vite que possible, répliqua Bak, esquissant un sourire afin d’atténuer la dureté de ces paroles, pourtant justifiées.
Rougissant, Hori ne perdit pas de temps en préambules.
— D’abord, j’ai voulu avoir une impression générale, aussi j’ai commencé par lire un document intact et par consigner tous les articles mentionnés.
Il montra le panier, qui contenait les rouleaux déjà lus, et une planche enduite de plâtre, sur le toit près de lui, comportant plusieurs colonnes tracées de sa petite écriture nette.
— J’ai procédé de même avec un document en partie brûlé. Après, j’ai tenté d’en déchiffrer un très endommagé. Les fragments étaient si fragiles que j’ai jugé préférable de ne pas les déplacer.
Kasaya surgit en haut de l’escalier, le chien d’Hori sur ses talons. Il se baissa pour entrer sous l’auvent, retourna un gros pot, puis s’assit. Le chien s’installa près de lui et contempla son jeune maître de ses yeux bruns au regard triste. Il savait qu’il ne fallait pas déranger le scribe lorsqu’il était entouré de papyrus.
— Tu reviens les mains vides, dit Bak au Medjai. Où est Tati ?
— Introuvable, soupira Kasaya en se débarrassant d’une de ses sandales pour se gratter le pied. Le seul serviteur qui gardait la maison ignorait où il était, et quand j’ai demandé si nous pouvions venir consulter les archives, il a refusé. Tati lui a dit qu’elles appartiennent à Amon et que seul le grand prêtre peut en disposer.
Il remarqua la contrariété de Bak et écarta les mains, se dégageant de toute responsabilité. L’officier ferma les yeux et se mit à compter, s’astreignant à la patience. L’impossibilité de s’entretenir avec Hapouseneb pendant la fête devenait chaque jour plus pesante. Les archives, à coup sûr, auraient raccourci la piste qui le menait au coupable, et il avait besoin de l’aide de Tati.
— Continue, Hori. Dis-moi comment tu as procédé ensuite.
— J’ai poursuivi ma tâche en passant d’un groupe de documents à l’autre. Il me reste encore beaucoup à faire, mais je crois avoir discerné un fil conducteur. Voire plusieurs.
— Par exemple ? interrogea Bak, dont la voix évoqua le coassement d’une grenouille.
— Chaque rouleau énumère de nombreux objets, tous de type similaire. Plus de la moitié des papyrus intacts que j’ai lus jusqu’à présent concernent les diverses céréales entreposées à Ouaset. Ils indiquent le jour où la cargaison a été reçue, la quantité placée dans les greniers, puis, à une date ultérieure, le nombre de sacs prélevés, soit pour être utilisés à Ipet-isout, soit pour être embarqués vers un des domaines d’Amon.
— Je suppose que les autres articles qui reviennent avec régularité sont les peaux et les lingots de métal.
— C’est exact, lieutenant.
— Comme les céréales, des objets trop lourds et volumineux pour qu’on les déplace aisément.
Bak s’éclaircit la gorge pour réprimer une quinte de toux. Malgré son inquiétude, Hori se garda avec bon sens de tout commentaire.
— Les rouleaux en partie brûlés inventorient les biens envoyés par les ateliers du dieu ou ses divers domaines. Des pièces de lin, des poteries, des sandales, du vin, entre autres choses. Quant aux fragments que Kasaya a réussi à sauver, ils sont très difficiles à déchiffrer, toutefois j’ai reconnu les symboles du bronze et de l’or. Des huiles aromatiques y sont aussi mentionnées, et peut-être de l’ivoire.
— Intéressant, dit Bak, pensif. Ces articles sont nombreux et variés. Les documents provenaient à l’évidence de plusieurs groupes d’entrepôts.
— Oui. Je pense qu’Ouserhet les avait emportés dans cette pièce pour les examiner.
— Il n’aurait guère pu le faire sans panier. Je n’en ai pas vu les restes calcinés. Et toi, Kasaya ?
— Je n’ai pas remarqué, chef. Tu veux que j’aille voir ça de plus près ?
— Oui. Et crois-tu que tu pourrais recoller certaines des jarres brisées ? J’aimerais savoir d’où elles provenaient.
Le Medjai réfléchit à cette idée, sourit comme un enfant confronté à un nouveau défi et déclara en se levant :
— J’apporterai les morceaux ici.
— Tu avais raison, il y a bien un fil conducteur.
Bak se cambra, étirant ses muscles raides à force d’être resté courbé sur les fragments noircis de papyrus sauvés par Kasaya. Il retourna sous l’auvent, satisfait des efforts de la matinée.
— À quelques rares exceptions, les documents épargnés par les flammes énumèrent des céréales ou d’autres produits de valeur, mais difficiles à transporter.
Hori repoussa le grand panier, rempli, à présent, par les rouleaux intacts qu’ils avaient examinés.
— On aurait pensé que le meurtrier les aurait également jetés dans le feu, pour semer la confusion.
— Il se hâtait, de peur d’être vu.
Le scribe tira un petit panier contenant, à en juger par l’odeur, du poisson enveloppé dans des feuilles flétries. Un pain rond et plat était posé par-dessus, avec des oignons nouveaux et une petite botte de radis.
— Comme je l’avais deviné, la plupart des rouleaux en partie brûlés dressent la liste de produits fabriqués pour Amon, et provenant de loin.
Bak attira le tabouret à l’ombre, s’assit et accepta un paquet enveloppé de feuilles.
— D’après Ouser, les entrepôts de ce groupe-là contiennent, outre des ustensiles et des produits employés pour les rituels, des parures destinées au dieu, à la châsse et à la barque sacrée.
— C’est ce qui apparaissait sur les rouleaux les plus abîmés – du moins, sur les quelques bribes qui ne laissaient aucune place à l’erreur.
Kasaya posa la troisième jarre dont il avait à peu près reconstitué l’anse, et s’approcha du panier de victuailles.
— Autrement dit, le meurtrier a jeté au feu les documents prouvant qu’il avait volé, puis il en a ajouté quelques autres en guise de combustible.
— Rien ne confirme encore qu’Ouserhet recherchait un voleur, lui rappela Bak.
— Je ne peux songer à aucune hypothèse plus logique, avoua Hori.
— Moi non plus, convint Bak.
Il ouvrit le paquet et huma la tranche de poisson à l’intérieur, dont la chair bouillie se désagrégeait.
— Kasaya, combien y a-t-il de jarres brisées, à ton avis ?
— Je n’en suis pas sûr. Une bonne douzaine, peut-être.
— D’après Meri-amon, il y avait entre quinze et vingt espaces vides sur les étagères.
— Chef, tu as lu les inscriptions sur les anses que j’ai recollées. Les jarres provenaient de la pièce où on les a trouvées.
— Nebamon et Meri-amon ont tous deux libre accès à cet entrepôt, remarqua Hori, qui réfléchit un moment, puis ajouta : Cependant, le prêtre a menti au sujet de l’homme aux cheveux roux. Lieutenant, tu l’as vu de tes yeux lui passer un message.
— Les apparences jouent contre lui, toutefois…
— Il détient un secret, estima Kasaya. Un très lourd secret. Qu’est-ce qui pourrait être plus haïssable que de voler des objets du culte ?
— Mon lieutenant ! cria Psouro, dont la tête apparut par l’ouverture en haut des marches. Un messager d’Amonked vient d’arriver. Il faut que tu le rejoignes sur-le-champ. Un second meurtre a eu heu dans l’enceinte sacrée.